Sauge

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Dernière modification de cette page le 16 novembre 2016


Pharmacognosie



Anglais : sage
Espagnol : salvia
Étymologie : latin salvĭa sauge
n. f. Nom générique désignant des plantes constituant l’important genre Salvia (environ 800 espèces) au sein de la famille des Lamiaceae ex-Labiées ; herbacées ou sous-arbrisseaux, annuelles ou vivaces, originaires principalement des régions à climat tempéré de type méditerranéen où certaines sont cultivées. Quelques Lamiaceae sont improprement désignées par sauge bien que n’appartenant pas au genre Salvia, par exemple la « sauge de Jérusalem », nom vernaculaire de Phlomis fruticosa L. Plusieurs espèces de sauges intéressent la pharmacie et la santé publique :
  1. La sauge officinale ou sauge commune (anglais common sage ou sage ou garden sage, espagnol salvia oficinal ou savia), sous-arbrisseau buissonnant très ramifié (S. officinalis L.) acclimaté sur tout le pourtour méditerranéen où elle est cultivée (plante à la fois médicinale, condimentaire et décorative). Présence dans la feuille de flavonoïdes (apigénol, lutéolol, flavones polyméthoxylées…), d’acides-phénols (acides caféique, rosmarinique…), de diterpènes (carnosol…) et d’une huile essentielle renfermant majoritairement camphre, cinéole, α- et β- thuyones. Propriétés antispasmodiques, antioxydantes, antimicrobiennes, œstrogéniques, antisudorales ; toxicité de l’huile essentielle due aux thuyones, en particulier l’α-thuyone (neurotoxicité se manifestant par des convulsions épileptiformes).
    Inscrite à la Pharmacopée Européenne, monographie 01/2015, 1370 (feuille de) et 01/2008, 1889 (teinture de).
    Emploi traditionnel, par voie orale, pour le traitement symptomatique de troubles dyspeptiques légers (brûlures d’estomac, ballonnements…) et pour le soulagement d’une transpiration excessive ; en usage local, pour le traitement symptomatique d’inflammations de la bouche ou de la gorge et de celles, bénignes, de la peau. Également emploi alimentaire, à la fois comme condiment et, en raison de ses propriétés antioxydantes et antiseptiques, pour une meilleure conservation d’aliments (charcuteries…).
    En raison de la présence des thuyones, la vente au détail et toute dispensation au public de l’huile essentielle de sauge officinale est réservée en France aux pharmaciens, sauf si cette huile essentielle, ses dilutions et préparations constituent des produits cosmétiques ou à usage ménager, ou des denrées ou boissons alimentaires ; la législation a fixé une teneur maximale autorisée en thuyones, variable selon le type de boisson ou de denrée alimentaire.
    La sauge officinale, ainsi que d’autres espèces de sauge, ont été considérées depuis l’antiquité et en particulier au Moyen-Âge, comme des panacées capables de guérir toutes sortes de maladies, d’où son nom latin salvia (de salvare, sauver, guérir) ; ce qui est évoqué par le dicton « qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin de médecin » ;

  2. la sauge d’Espagne ou sauge à feuilles de lavande (anglais Spanish sage, espagnol salvia de España), sous-arbrisseau touffu originaire d’Espagne et du sud de la France, considéré par certains comme une espèce à part entière (S. lavandulifolia Vahl) et par d’autres comme une sous-espèce de S. officinalis (S. officinalis ssp. lavandulifolia [Vahl] Gams). L’huile essentielle obtenue par entraînement à la vapeur d’eau des parties aériennes récoltées pendant la floraison de la feuille renferme majoritairement camphre et cinéole, mais est pauvre en thuyones (moins de 0,5 % pour satisfaire aux exigences de la Pharmacopée européenne) ; des propriétés inhibitrices de l’acétylcholinestérase ont été mises en évidence.
    L'huile essentielle de sauge d'Espagne est inscrite à la Pharmacopée Européenne (monographie 07/2008, 1849).
    En médecine populaire, utilisation de la feuille et des sommités fleuries identique à celle de S. officinalis. L’huile essentielle semble améliorer la mémorisation et pourrait avoir éventuellement un intérêt dans la maladie d’Alzheimer ;

  3. la sauge sclarée ou sclarée ou toute bonne (nom vernaculaire), anglais clary ou clary sage, espagnol esclarea, herbacée très odorante (S. sclarea L.) originaire de l’Asie occidentale et de l’Europe méridionale et centrale, largement cultivée dans les pays tempérés. L’huile essentielle obtenue par entraînement à la vapeur d’eau des tiges fleuries, fraîches ou séchées, renferme majoritairement du linalol et de l’acétate de linalyle, mais est très pauvre en thuyones (moins de 0,2 % pour la Pharmacopée européenne) ; présence dans l’essence concrète d’un alcool diterpénique, le sclaréol.
    L'huile essentielle de sauge sclarée est inscrite à la Pharmacopée Européenne (monographie 01/2008, 1850).
    Emploi de la feuille en médecine populaire, en particulier en usage externe comme cicatrisant pour le traitement des petites plaies après lavage abondant. À partir de l’essence concrète, extraction du sclaréol utilisé en parfumerie (fixateur), pour l’aromatisation des tabacs et comme matière première pour l’obtention par hémisynthèse de l’oxyde d’ambre (emploi en parfumerie).
    En parfumerie, l’huile essentielle de sauge sclarée est utilisée comme matière première aromatique, voire comme substance parfumante dans les produits cosmétiques ;


  4. la sauge trilobée (anglais Greek sage ou three-lobed sage), sous-arbrisseau vivace (S. fruticosa Mill., = S. triloba L. f.) originaire de la partie orientale du bassin méditerranéen, présent dans le sud de l’Italie, en Grèce, aux Canaries et en Afrique du Nord. Huile essentielle de la feuille très riche en cinéole.
    Inscrite à la Pharmacopée Européenne, monographie 07/2014, 1561 (feuille de).
    Utilisation notamment en Amérique du Nord ;

  5. la sauge de Chine, danshen ou dan-shen (noms vernaculaires), anglais Chinese sage ou danshen espagnol danshen, herbacée vivace à tiges ramifiées (S. miltiorrhiza Bunge) d’origine asiatique (Chine, Japon). Présence dans les parties souterraines (racine et rhizome) de composés polyphénoliques dérivés de l’acide caféique (acides salvianoliques, acides lithospermiques…) et de quinones diterpéniques (tanshinones, isotanshinones…). Multiples activités, dues à ces deux groupes de constituants, mises en évidence : propriétés antioxydantes, anti-allergiques, anti-inflammatoires, cytotoxiques, coronaro-dilatatrices, antihypertensives, antiarythmiques, anti-ischémiques, neuroprotectrices.
    Large utilisation en médecine extrême-orientale (chinoise, japonaise, coréenne), dans des indications variées, en particulier en complément des médicaments habituels dans le traitement de l'infarctus aigu du myocarde. Avant toute utilisation judicieuse en médecine occidentale, l’intérêt potentiel du danshen dans la prévention et le traitement de l’infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux ischémiques, peut-être également dans d’autres pathologies (rétinopathie diabétique, maladies neurodégénératives…) doit être confirmé, compte tenu de la médiocre qualité de la plupart des évaluations cliniques réalisées jusqu’à ce jour ;

    Salvia miltiorrhiza est inscrite à la Pharmacopée Européenne (racine et rhizome de), monographie 04/2017, 2663.

  6. la sauge divinatoire ou sauge des devins; menthe magique ou herbe de Marie (noms vernaculaires), anglais diviner’s sage ou magic mint, espagnol hierba de Maria ou hierba de los dioses, grande herbacée vivace (S. divinorum Epling & Játiva) originaire de la province mexicaine d’Oaxaca, cultivée dans les zones humides de la sierra mazatèque. Feuille renfermant des diterpènes à squelette néoclérodane, les salvinorines, principalement la salvinorine A fortement psychoactive ; très puissante action hallucinogène due en particulier à un effet agoniste sélectif des récepteurs aux opioïdes de type κ. Effet psychotrope enthéogène mis à profit par les chamanes, chez les Indiens mazatèques, lors de rituels divinatoires ou curatifs. Drogue « récréative » introduite récemment aux États-Unis et en Europe (fumée en joints ou en pipes à l’eau, chiquée ou plus rarement ingérée [activité réduite]), provoquant hallucinations, distortion spatio-temporelle, perte d’identité et angoisse ; action rapide et brève. Effets à long terme mal connus.
    Législation plus ou moins restrictive, variable selon les pays ; interdiction dans de nombreux États. En France, S. divinorum et salvinorine A sont classées sur la liste I des substances vénéneuses depuis 2010 (arrêté du 2 août, publié le 1er octobre).
    Cf salvinorine ;

  7. le chia (anglais chia, espagnol chía) herbacée annuelle (S. hispanica L.) d’origine mexicaine, actuellement largement cultivée (cultivar Salba) dans les régions tropicales et subtropicales, en particulier en Amérique centrale et du Sud, dans le sud des États-Unis et et en Australie. Graine renfermant des composés polyphénoliques (flavonols, acides caféique et chlorogénique ; activité antioxydante), mais surtout richesse en fibres, en protéines et en lipides contenant une forte teneur en glycérides d’acides gras polyinsaturés oméga-3 (principalement acide alpha-linolénique) ; valeur nutritionnelle élevée. Des effets bénéfiques sur les dyslipidémies et l’insulinorésistance ont été décrits, mais restent à confirmer.
    Importante utilisation alimentaire très ancienne par les Amérindiens à l’époque précolombienne, puis abandon pendant plusieurs siècles avant redécouverte à la fin du XXe siècle (Argentine), renouveau de la culture et utilisation des graines pour l’alimentation humaine et animale. En 2009, une décision de la Commission européenne, complétée en 2013, a autorisé la mise sur le marché des graines de chia en tant que « nouvel ingrédient alimentaire » ; leur utilisation est autorisée soit en tant que telles sous une forme préemballée (apport journalier limité à 15 grammes), soit dans des produits préparés industriellement (céréales pour petit-déjeuner, produits cuits au four…, à une teneur ne dépassant pas 10 %). La consommation directe des graines, qui gonflent fortement en absorbant plus de 20 fois leur masse d’eau, peut entraîner des phénomènes de dysphagie et une obstruction de l’œsophage ; la prudence s’impose chez les individus ayant des antécédents de dysphagie ou de sténose de l’œsophage.

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